GOSSYPIUM

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GOSSYPIUM.

Ou coton, pour les intimes. Car oui, nous sommes très intimes avec cette matière, puisque nous avons l’habitude de la porter en première couche, à même la peau. Sous-vêtements, chemises, t-shirts, pantalons, vestes, et pardessus, il y en a vraiment pour tous les goûts ! C’est ce que nous allons passer en revue dans cet article.

Tout d’abord, il existe de nombreuses variétés de coton, cinquante au total, mais seulement quatre sont cultivées par la filière textile. Elles produisent toutes des fibres agglomérées sous forme de cellulose au sein de leur fruit, appelé capsule. Ce sont ces fibres qui seront utilisées par la suite pour créer du fil. Gossypium herbaceum et Gossypium Arboreum, espèces originaires d’Afrique et d’Asie, sont de manière générale très peu cultivées (moins de 5% de la production mondiale à elles deux) en raison de leur fibre courte. Gossypium barbadense, originaire d’Amérique, est une variété légèrement plus présente dans les terres cotonnières (environ 7%). Elle est convoitée pour ses fibres longues et fines, qui apportent plus de raffinement et de souplesse au vêtement final. Certaines exploitations de cette variété possèdent même leur petite notoriété, comme le Pima péruvien ou le Giza Egyptien. Enfin, Gossypium hirsutum, également originaire d’Amérique, espèce qui représente à elle seule tout le reste de la production globale, environ 90%. Ses fibres sont de longueur moyenne (jusqu’à 3cm), ce qui en fait une variété aux usages polyvalents, et qui fût implantée partout dans le monde.

Gossypium Barnadense

L’histoire de l’utilisation du coton suit généralement l’histoire connue de l’humanité. On trouve d’anciens récits évoquant son commerce dans la région du Moyen-Orient. Dès l’Antiquité, plusieurs exploitations prennent place en Egypte où on le nomme al-qutun, et avec l’expansion de l’Islam au IXe siècle l’agriculture du coton ira jusqu’à prendre place en Andalousie. La découverte du Nouveau Monde permet également la découverte de nouvelles espèces de cotonniers, cependant familiers des amérindiens depuis cinq mille ans, que l’on répandra sur tout le continent américain au XVIe siècle. Deux cent ans plus tard, avec la révolution industrielle, l’essor de la culture du coton fit un bond fulgurant au pays des fanas de la liberté, devenant ainsi le premier pays producteur au monde, entraînant les répercussions que l’on connaît sur l’esclavage.

Echarpe en mélange coton & soie, retrouvée lors de fouilles à Antinoé – Vintage

Les utilisations du coton sont très variées. En effet, on utilise la cellulose comme isolant (non textile) mais aussi les graines, qui se trouvent dans la capsule lors de la récolte, pour faire de l’huile par exemple.

Quant aux fibres dédiées à la fabrication textile, elles sont dans un premier temps rassemblées en sortie de récolte sous forme de balles, desquelles sont prélevés des échantillons qui permettent de juger la qualité de l’exploitation. 

Les fibres contenues dans ces balles sont nettoyées puis cardées, de la même manière que la laine, c’est-à-dire qu’elles vont être démêlées puis mélangées en vue d’être étirées puis filées. De là, on suit le même chemin que pour la laine : filature, teinturier, tisserand.

Balle de coton encore dans le champ
Balles de coton sur un marché

Jusqu’ici le coton a tout d’une matière banale. Certes, sa très bonne résistance à l’abrasion et aux frottements en fait une matière de choix pour les vêtements de travail, cependant il sèche très lentement (pas pratique lorsqu’on s’est pris une bonne drache), il se froisse très facilement et son pouvoir isolant n’est pas à la hauteur de ses concurrents. Alors, en dépit de tout cela, comment se fait-il qu’on le retrouve dans tous nos vêtements ? Son seul mérite ? Avoir été présent au bon endroit au bon moment. Car le coton, c’est la première matière textile cultivée aux Etats Unis d’Amérique durant la révolution industrielle, et ce jusqu’après la seconde guerre mondiale. Durant ce siècle-là, à cet endroit-là, il se passa énormément de choses intéressantes et innovantes pour le textile, et le coton était aux avant-postes. La diffusion des pratiques et des biens à travers l’American way of life qui succéda à cette période offrit au monde un assortiment de tissus tellement vaste que je pourrais à peine en exposer qu’une petite moitié, pourtant si bien représentée au sein du vestiaire classique masculin. Accrochez vos ceintures.

Gossyp girls de la tête aux pieds !
Le denim

Le denim est sans doute le plus célèbre des tissus qui nous proviennent d’outre atlantique. Il a certes été élaboré pour la première fois en France, et plus particulièrement à Nîmes (d’où son nom). En France réalisé dans un mélange laine et soie pour façonner des bonnets et des écharpes, aux Etats Unis ce tissage solide et serré sied parfaitement aux fils de coton dans la réalisation de vêtements de travail, résistants et durables. Côté technique, rien de bien coton (jeu de mot minable…), il s’agit d’un tissu à armure serge avec un fil de chaîne de teinte blanche ou écrue, et un fil de trame de teinte colorée, en général du bleu. D’ordinaire, on choisit un fil de coton relativement épais, de sorte à obtenir un tissu lourd ; cependant, toujours dans une recherche d’élégance qui caractérise à merveille le courant sartorial, il arrive aux tailleurs d’utiliser des tissus un peu plus légers pour réaliser des pantalons plus volatiles, au comportement aérien, parfait pour sublimer une mise casual d’été.

Pantalon Gurkha en denim

Parmi les tissus permettant la confection de pantalons que nous connaissons il faut bien évidemment citer la serge de coton, émerisée ou non, connue pour être la matière qui constitue la majorité des chinos du commerce.

Les tissus de chemise

Quand on s’imagine une chemise, elle nous apparaît automatiquement en coton. Certainement à cause du confort et du toucher que procure cette matière en contact sur notre peau. Il existe un assortiment de possibilités quant au choix à faire pour la réalisation d’une chemise chez un tailleur ou un chemisier. En voici quelques-unes.

Tout d’abord, le tissage le plus connu, la popeline. Il s’agit d’une armure toile à tissage très serré. Autrefois, la popeline s’appelait “papeline”, en raison du lieu de création de ce tissu lisse, Avignon, la cité des Papes. La particularité de la popeline est de présenter un aspect très lisse et régulier, elle convient à merveille pour la confection de chemises formelles.

Une variante de popeline est la popeline fil-à-fil, ou plus communément le fil-à-fil. Lors du tissage, le fil de chaîne est légèrement détendu. Parfois, il peut être d’une couleur différente. La chemise devient alors beaucoup moins formelle, revêtant une teinte plus chinée.

En continuant vers des tissus moins formels, il y a le twill de coton, qui est très simplement une serge de coton assez légère pour être façonnée en chemise.

Un autre tissu bien connu des chemisiers est l’oxford. C’est une toile construite avec un fil blanc et un autre fil, de couleur celui-ci, présentant un aspect grainé et texturé. Élaboré pour la première fois au Royaume-uni, les anglo saxons avaient pour usage autrefois de l’employer pour des vêtements “sport”. De nos jours, une chemise en oxford peut être tout à fait compatible avec un costume business ou bien avec une veste elle aussi en matière texturée, comme le tweed par exemple.

Enfin, il existe comme pour la laine de belles flanelles de coton, que l’on retrouve dans les chemises dites “bûcheron” sous toutes formes, unies ou à carreaux, d’un confort inégalé pour les week-end d’hiver.

Echantillons de popeline (à gauche) et d’Oxford (à droite)
Le Seersucker

Reconnu seulement par quelques initiés en Europe, le seersucker est par ailleurs célèbre aux Etats-unis et en Asie, notamment en Inde et en Perse, région d’où il tient son origine. C’est un tissu à l’aspect gauffré, frais et aéré, idéal pour les vêtements estivaux. En effet, la structure, le tissage de ce dernier présentent une particularité intéressante. Les fils de chaîne sont de tension et de diamètre différents, opérant alors de légères contraintes dans le tissu, qui va onduler par certains endroits et créer des petites zones où l’air peut circuler sans entrave. Il est par nature conçu avec des rayures en deux coloris, invariablement blanc et bleu, rouge, beige ou vert. Les tisserands fabriquent depuis longtemps ces seersucker aux fines rayures et depuis quelques années des tissus unis, retirant alors cet aspect un peu fantaisiste du bi-coloris. Il n’en demeure pas pour autant un tissu charmant, léger et parfaitement adapté à la saison chaude. On peut l’employer pour la confection de chemises ou de costumes, selon le grammage.

Le seersucker à la loupe – Wikipédia
Les velours

Comment passer à côté du mastodonte qu’est le velours. Il nous inspire avant tout le luxe, mais aussi le confort et la douceur. Il fut jadis porté par les rois et leur cour et réservé aux plus grands de ce monde.

Le terme “velours” désigne un type de tissu, il peut être issu de la laine, de la soie ou de matière synthétique, cependant le plus usuel reste le velours de coton. La technique de fabrication du velours est très particulière, puisqu’il s’agit de tisser deux pans que l’on vient découper par la suite, découpe qui permet d’obtenir ces petits fils “dressés”. C’est pour cela qu’un velours possède un endroit volumineux, doux, et un envers lisse, banal.

Parmi les velours nous connaissons bien entendu le velours côtelé, ou corduroy, aux fines rayures de poils dressés, espacées de manière plus ou moins large. A mon humble avis, nous devrions tous posséder un de ces très confortables pantalons en velours côtelé que l’on s’empresse de ressortir dès les premières fraicheurs de l’automne. 

L’aspect très lumineux et changeant de l’endroit de ce tissu, ainsi que son passé élitiste inspira les tailleurs des années trente pour la confection de vestes de cocktail, qui interpellent forcément de nos jours, et qui demeurent intemporellement du plus bel effet.

Daniel Craig en veste de cocktail
La Gabardine

Même si elle peut être de laine ou synthétique, la gabardine de coton reste la plus connue, car c’est celle-là même qui sert de base à la confection des trenchcoats et imperméables. En effet, ce tissu fut mis au point par Thomas Burberry durant le dix-huitième siècle et bien entendu démocratisé à travers les célèbres imperméables de la marque. Cependant, la gabardine, même si son tissage très serré la rend relativement imperméable, nécessite un traitement pour être à cent pour cent hydrofuge.

Imperméables, ou raincoat

Il existe de nombreux autres types de tissus de coton tels que la wax (toile enduite), les gazes et étamines ou encore le jersey, cependant il serait inutile de s’attarder plus longtemps sur cette partie là, ceux déjà cités représentent la majeure partie des composants du vestiaire classique. 

Cette très grande variété de tissus interpellera quelques uns ou quelques unes quant à la part du coton dans le marché textile mondial. En effet, s’il existe autant de tissus en coton, c’est forcément que ce dernier doit occuper la première place au rang des matières premières. D’autres se rappelleront cette idée, entendue dans tel microreportage ou annonce publicitaire que le coton est une des matières textiles les plus demandeuses en eau. Ces derniers points seront l’objet de l’ultime partie de cet article. 

Premièrement, le coton est aujourd’hui la deuxième fibre employée dans le monde du textile, derrière les fibres synthétiques (le pétrole); en 2019, le coton représentait 26% de la consommation mondiale contre 70% en 1960. Cependant, depuis les sixties, son volume d’exploitation n’a fait qu’augmenter, passant de 16 millions de tonnes à 27 millions de tonnes, en 2019 toujours. De ces 27 millions de tonnes, les deux tiers sont produits en Asie (Chine, Inde, Pakistan), un quart aux Etats-Unis et au Brésil, et le reste en Afrique. Par ailleurs, 90% du coton récolté dans le monde est filé et tissé sur le continent asiatique…

On pointe souvent du doigt la culture du coton comme étant très nécessiteuse en eau. Cela est difficilement contestable, les besoins en eau du coton sont très élevés et seulement 41% des surfaces cultivées sont arrosées exclusivement par les pluies. Le coton trône d’ailleurs à la première place des cultures non alimentaires pour la quantité d’eau nécessaire à son irrigation (3% du l’eau mondiale d’irrigation) et il faut en moyenne six fois plus d’eau pour obtenir un kilo de fibre de coton que de fibre de lin.

Et puis, il faut savoir également que 80% du coton que l’on trouve dans nos vêtements est du coton transgénique. Le cotonnier type fut en effet modifié pour résister aux herbicides ainsi qu’aux insectes nuisibles.

Un champ de coton où la récolte est mécanisée
Un champ de coton où elle ne l’est pas

Heureusement, de nombreuses certifications et labels ont vu le jour ces dernières années, permettant de donner des garanties de culture et de qualité à la filière coton, pour qui la traçabilité n’est pas évidente, compte tenu de la variabilité des exploitations, allant de la petite ferme où les capsules sont ramassées à la main, aux grands champs mécanisés des Etats Unis. C’est le cas du label GOTS, garantissant une agriculture biologique du coton ainsi que le respect de certains minima sociaux aux travailleurs de la filière.

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